Low-tech tour
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest

À l’origine du low-tech lab, il y a l’association Gold of Bengal, créée pour supporter l’expédition de Corentin, un aventurier désireux de construire et voyager autrement que par la consommation et l’assistanat. Au Bangladesh, il bâtit un bateau avec des fibres de jutes, ressource locale, naturelle, au potentiel technique inexploité. Plus tard, il part vivre en autonomie avec sur une île, accompagné de quelques ingénieurs. Ces expérimentations aboutissent à fonder le low-tech lab, pôle fédérateur et investigateur de projets innovants aux mêmes objectifs et aux méthodes variées. Leur mission : renseigner, fédérer, partager, explorer le monde de la low-tech.

Quentin Mateus est porteur du projet Agami, lequel consiste, sous l’égide du low-tech lab, à sillonner 22 pays d’Afrique à bord d’un véhicule low-tech pour faire un tour d’horizon des initiatives, solutions trouvées, méthodes partagées, et créer du lien entre les acteurs rencontrés. Engagé et fin penseur de son mouvement, Quentin Mateus a répondu aux questions de Médias-cité en prenant le temps d’expliquer. Interview low-time.

Concrètement, pour fabriquer un chauffage solaire ou reconditionner son réveil, il faut déjà bien s’y connaître en tech tout court, non ?

Quentin Mateus : Il existe différents publics. Le premier, ce sont des gens déjà intéressés à cette technique, des bricoleurs. Nous explorons en ce moment des solutions sur l’habitat, et oui, il faut savoir couper du bois et être bricoleur pour les faire fonctionner. Aujourd’hui, pour réparer la dernière Twingo, il faut un logiciel numérique Renault, alors qu’il y a cinquante ans, on savait réparer sa 2cv. Toutes les solutions techniques sont devenues plus complexes, moins accessibles à tous.

Le réflexe low-tech ne se répandrait-il pas plus si les gens étaient plus formés à ces techniques, à l’école par exemple ?

Q.M : Si. C’est notre second public : les futurs techniciens de la low-tech. Nous ouvrons la première école low-tech en septembre prochain à Guingamp. Nous avons écrit le programme, choisi les intervenants, et fonctionnons en collaboration et sur le même modèle que Simplon, sorte d’école de la deuxième chance. La formation durera un an et formera des techniciens pour accompagner les entreprises, les associations etc, en les incitant à plus de sobriété, à économiser les déchets, l’énergie, l’eau… À terme et idéalement, on voudrait former des ingénieurs low-tech. Nous avons reçu énormément de candidatures.

Enfin, nous passons aussi par l’éducation populaire avec des expositions en lien avec la transition écologique, pour sensibiliser et donner des exemples concrets de low-tech. Avec notre projet habitat, on a mis en ligne une web-série avec épisodes et tutoriels.

En 2019, une société low-tech tient-elle de l’utopie ou vous pensez que l’avenir sera low-tech (comme le titrait le hors-série de Socialter) ?

Q.M : C’est un mouvement qui est en train d’exploser. On observe beaucoup d’initiatives sur les territoires, de tiers-lieux engagés, mais il faut continuer de partager et d’informer sur toutes ces actions afin qu’elles deviennent la norme. Il y a dix ans, peu de personnes parlaient du bio, voyez où on en est aujourd’hui. Pareil pour l’avion, sujet écologique qui « prend » depuis quelques mois. En Suède, pays très sensibilisé, on a constaté que les gens avaient moins pris l’avion l’année précédente, ce qui n’était jamais arrivé…

« La low-tech est une approche qui, de toute façon, va s’imposer à nous. » Quentin Mateus

Nous devons réfléchir à comment plus démocratiser cette approche, porter à la connaissance de tous ces solutions alternatives et qu’elles retombent dans les fonctionnements des collectivités etc, etc. Parce qu’actuellement, on a des ordinateurs hyper sophistiqués mais on n’a pas besoin de telles machines pour 90% de ce qu’on en fait. La low-tech est une approche qui, de toute façon, va s’imposer à nous. C’est structurellement impossible de continuer d’extraire, de consommer et de polluer comme on le fait aujourd’hui sans mettre directement en danger l’humanité, ou au moins les trois quarts de la population du globe.

Le choix de l’anglicisme « low-tech » ne dessert-il pas un peu le propos ? On l’associe aisément à la high-tech, la tech, la start-up nation…et c’est tout l’inverse.

Q.M : Plein de mouvements se sont créés avant, qui parlaient de « basses technologies » ou de « technologies appropriées ». C’était en Suisse ou au Canada, où la francophonie leur est plus chère. Avec le Low-tech Lab, on a des communautés qui se tissent ailleurs en Europe et dans le monde, c’est pourquoi le côté international et fédérateur du mot nous a séduit. En revanche, il y a le problème du mot-valise, c’est-à-dire qu’on commence à entendre parler de low-tech dans des contextes qui n’ont rien à voir. J’ai entendu des gens parler d’un système de blockchain pour créer une monnaie locale, et comme c’est local, ils l’ont qualifiée de low-tech. Mais blockchain et low-tech sont profondément antinomiques !

Low Tech Lab - Construction d'une Tiny House pour tester des solutions low-tech en situation réelle
Low Tech Lab – Construction d’une Tiny House pour tester des solutions low-tech en situation rŽelle

Vous utilisez YouTube pour vos tutoriels, sachant que la vidéo en streaming est ce qui génère le plus de pollution numérique. Est-il possible, à l’heure d’Internet-Tout-Puissant, d’être totalement cohérent dans sa démarche, de ne pas se contredire ?

La cohérence à 100% est impossible. Le numérique a sa place dans une société low-tech, il a juste un autre visage : plus sobre et plus local. Par exemple, les vidéos YouTube que nous mettons en ligne sont en 720p, parce qu’on n’a pas besoin d’une meilleure qualité pour les contenus qu’on propose. On travaille à un site et un serveur sobres, sans GAFA. En fait, à chaque décision, nous devons faire peser la balance et choisir le compromis le plus satisfaisant. Pour chaque action, penser au bénéfice social et environnemental.

Peut-il émerger une économie de la low-tech ?

Q.M : Oui, il existe un levier économique. L’économie de la low-tech fonctionne avec les artisans, les entreprises qui se fédèrent autour d’une chaîne de valeurs et qui créent de l’emploi. Beaucoup de gens viennent à nous parce qu’ils veulent en vivre. Construire un bateau viable avec de la fibre de jute, qui est une ressource locale au Bangladesh, ça met à jour la possibilité d’une économie locale. Nous allons creuser ce levier pendant notre expédition Agami en rencontrant des entreprises sociales, en collectant des pratiques pour les diffuser. On part s’inspirer et renseigner plus qu’impulser. On accompagnera ceux qui veulent créer du lien. Les solutions low-tech vues en Afrique sont plus largement utilisées qu’en France. Là-bas, il existe tellement de sociétés parallèles qui sont abandonnées des pouvoirs publics que dès qu’une initiative low-tech émerge, qu’elle facilite le quotidien et crée de l’emploi, ça prend tout de suite. L’Afrique est un continent à part, qui détient les plus grandes richesses mais affronte déjà les crises qui nous attendent. C’est pourquoi on le prend en exemple.

Propos recueillis par Nathalie Troquereau

Et pour tout savoir sur l’expédition Agami, c’est ici

Vous aimerez aussi :

Photo de Une : LowTechTour-Fr

Partager l'article

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Praesent ultricies amet, risus. Phasellus vel, fringilla commodo quis