Culture - Art, Musique

Organ’Phantom : branchés engagement

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Le 15 septembre s’ouvrira la 9 ème édition du festival « Écho À Venir » porté par le collectif bordelais Organ’Phantom. Une édition engagée qui promet des projections de films, des DJ sets sur l’eau, du vidéo mapping, et même une exposition dans les sous-sols du miroir d’eau. Une programmation où les thèmes de l’écologie et du féminisme croisent la virtuosité techniconirique* des arts numériques et l’adrénaline des musiques électroniques. L’occasion de tirer le portrait de ce collectif d’artistes qui officie depuis 14 ans sur le territoire bordelais, néo-aquitain et parfois même, outre-Atlantique.

Morts-vivants

En 2009, la salle de concerts de scènes indépendantes le SON’ART ferme ses portes. « On a été victimes de loi Evin, résume Marie Laverda, ancienne gérante du lieu et actuelle directrice d’Organ’Phantom. L’interdiction de fumer demandait toute une logistique pour faire sortir les gens, ce qui occasionnait des nuisances sonores dans le quartier… On n’était pas une grosse structure, on a du fermer. » L’idée de monter un collectif qui continuerait de programmer des concerts, de promouvoir les cultures indépendantes en y adjoignant les arts numériques, nait alors dans la tête de Marie. Ils n’ont plus pignon sur rue ? Soit. Alors ils deviennent fantômes, choisissent l’itinérance et décident de traverser les murs, les matières, les disciplines et pourquoi pas, le cœur des gens. Organ’phantom s’en chargera.

«La musique électronique et l’art numérique sont faits pour être ensemble. On a tout intérêt à ajouter d’autres médiums et surtout, de garder une dimension organique. Quand on fait des projections sur de la pierre, c’est différent de la toile de tulle. La texture rend la chose plus vivante. Pendant le Covid, on a fait des mappings sans public diffusés en streaming, et on a clairement vu la limite » se souvient cette ancienne tourneuse qui a l’habitude du live.

Rester accessibles

L’émotion ne sera jamais la même au cœur de la basilique Saint-Michel que derrière son écran, ça paraît élémentaire. Et pourtant, Marie évoque la méconnaissance du public pour l’art numérique. Certaines formes d’arts jouissent étrangement d’une jeunesse éternelle (la musique électronique commence au début du 20 ème siècle…).

Léon Theremin jouant du Thérémine, un des premiers instruments de musique électronique inventé en 1920. Le thérémine produit des sons sans être touché grâce à un système d'antennes. Source gallica.bnf.fr / BnF

Léon Theremin jouant du Thérémine, un des premiers instruments de musique électronique inventé en 1920. Le thérémine produit des sons sans être touché grâce à un système d’antennes. Source gallica.bnf.fr / BnF

« C’est la raison pour laquelle Organ’Phantom tient à rester inclusif dans son approche. Tout, dans notre festival, est gratuit. Sauf la dernière soirée, mais les artistes viennent de Chicago ! Et ce n’est que 5 ou 10 euros. Bref, c’est notre tâche de rendre l’art numérique accessible à tous parce que les gens sont encore en découverte de ça. Ça nous coûte un peu cher mais on doit faire de la pédagogie pour amener les gens à connaître et à apprécier » estime-t-elle, investie.

16 ampères

Et n’essayez pas de la prendre en défaut en lui demandant comment concilier un festival aux accents militants verts et paritaires quand il comprend l’utilisation d’un matériel technique qui consomme, d’un bateau de croisière qui n’est pas franchement l’objet en vogue chez les écologistes, et une affiche qui compte bien plus de noms masculins que féminins…

« On est pas des intégristes mais on fait du mieux qu’on peut. Déjà, c’est du 16 ampères donc non, ce n’est pas très énergivores même si le résultat est impressionnant. Quant au bateau, « Le Burdigala », c’est celui qui consomme le moins et on utilise un trajet qu’il fait d’habitude, nous ne rajoutons rien à son programme. C’est d’ailleurs une toute petite traversée entre la Rive Gauche et la Rive Droite. On travaille avec des partenaires locaux au maximum. Quant à la parité, je ne fais pas de discrimination positive, c’est tout ! » s’exclame-t-elle, sereine et sincère.

Tout y est. Des arts et du numérique. Du local et de l’international. De la gratuité. De la diversité dans les propositions et les formats… Si vous vouliez snober le programme traditionnel des Journées Européennes du Patrimoine, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Attention ! Suivre les deux ne sera pas incompatible non plus !

Nathalie Troquereau

*techniconirique = néologisme assumé, tiré de la contraction des mots « technique » et « onirique »

Photo de Une crédit @Andreas B. Krueger Studio : Marie Laverda, Pablo Gracias et Anton Bdvs (tous deux artistes du collectif Organ’Phantom)

Toute la programmation Echo A Venir #9

Pour découvrir l’univers et les autres projets menés par le collectif, rendez-vous sur le site https://organphantom.org/

Le site des Journées Européennes du Patrimoine

Nathalie Troquereau

Nathalie Troquereau

Journaliste, rédactrice de contenus pour Médias-Cité.

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