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Andy Warhol aurait adoré les NFT

Patricia van den Berg de Pixabay
En quelques mois seulement, le NFT est devenu incontournable dans le monde de l’art. Entre l’autorisation par la loi française de faire des ventes aux enchères de biens incorporels depuis mars 2022 et l’engouement général pour la possession conceptuelle d’objets numériques, les NFT bousculent tous les milieux qu’ils touchent. Un phénomène de société que le monde de l’art, familier du concept et de la spéculation, a accueilli en frère.

https://onlineonly.christies.com/s/first-open-beeple/beeple-b-1981-1/112924

Le précédent a eu lieu en mars 2022. L’artiste Beeple a vendu une œuvre de crypto art pour la modique somme de 69 millions de dollars, le plaçant d’emblée troisième sur le podium des artistes vivants les mieux vendus (derrière Jeff Koons et David Hockney).

Le marché de l’art reste pour beaucoup d’entre nous un obscur lieu de spéculation. Un peu comme les NFT, ces petits jetons numériques en vogue depuis quelques mois, rendant les médias intarissables. À leur évocation, je me sens revenir en CM2, au tableau, à l’heure du redoutable « problème » de mathématiques. La cryptomonnaie, le crypto art, toutes ces notions plus ou moins nouvelles, inhibent rapidement les esprits traumatisés du cours élémentaire comme le mien.

Mais pas de panique. Commençons par une bonne vieille définition. Un NFT – Non Fungible Token – est un jeton non fongible, c’est-à-dire une unité numérique non reproductible, dont la valeur repose sur ce principe-même d’unicité. Un cyber certificat de propriété qui, en rencontrant l’art numérique, a donné naissance au crypto art. Outre le crypto art, sorte de mouvement auto généré, les NFT sont devenus un nouveau produit financier, qui a tout pour conquérir les cœurs de joueurs et de spéculateurs.

Capture écran du site de la maison de vente Sotheby’s qui a créé une plateforme Sotheby’s Metaverse pour la vente de produits en NFT https://metaverse.sothebys.com/lfc

Pour Julien Duché, cofondateur de la maison de ventes Vasari Auction, la vente d’art en NFT serait bien en peine de s’inscrire dans le futur. «  Une œuvre d’art consommatrice d’énergie, à l’heure actuelle ? Je ne suis pas sûr que ça marche longtemps. Pour moi c’est une mode. Je n’ai pas vu de vrais artistes suivre le mouvement. Par contre, les grands collectionneurs achèteront peut-être une vidéo à 4 ou 5 millions, parce qu’ils savent qu’acheter à un artiste vivant permet de bien défiscaliser. Mais ça m’étonnerait que ça atteigne le grand public… »

Sauf que le grand public s’est emparé bien vite du phénomène des NFT. La journaliste tech Lucie Ronfaut-Hazard, autrice du volume « Internet aussi, c’est la vraie vie » écrivait dans sa newsletter hebdomadaire : « J’ai compris l’importance des cryptomonnaies en me faisant couper les cheveux. Entre deux coups de ciseaux, ma coiffeuse m’a expliqué avoir acheté un NFT du rappeur Booba. » On est loin des grands collectionneurs mentionnés par notre commissaire-priseur juste avant.

Pour Joséphine Louis, en charge du département NFT à la galerie FauveParis, le NFT constitue une méthode de commercialisation des œuvres d’art. Ça les rend tangibles. La maison a d’ailleurs organisé la première vente aux enchères de NFT en France. « Le crypto art est un mouvement qui fait partie de l’art numérique, lequel a commencé dans les années soixante-dix. Ce mouvement là est conçu par les écrans, pour les écrans. »

Je lui demande, un peu confuse, s’il est possible d’acheter une œuvre avec un NFT, de revendre l’œuvre et d’en acheter une autre avec le même premier NFT… ? « Non. Pensez au NFT comme à un titre de propriété en immobilier. C’est pareil, et ça a révolutionné la place de l’art digital dans le marché de l’art. » Je rebondis peu subtilement avec un « Hum… Et la propriété, c’est important dans le monde de l’art ? » Et là, du tac-o-tac : «  Ah oui ! C’est capital ! Tout repose là-dessus. C’est pour ça que c’est une révolution. » Ok Steve Jobs, merci pour le cours.

Je me moque mais l’artiste d’art numérique Antoine Schmitt confirme. C’est une nouvelle manière de vendre de l’art. « Pour les œuvres d’art purement numériques, qui sont souvent immatérielles, les NFT permettent de leur associer un certificat unique et indestructible. Et ceci est nouveau. » Avec la galerie Charlot, il présente « UkraineWar2022 », une œuvre générative mettant en scène une guerre de pixels représentants la guerre physique qui se déroule dans l’Est de l’Europe*. L’artiste en propose un nombre d’exemplaires congru, et donne une description narrative de ce que sera l’œuvre vidéo une fois achetée avec les magiques NFT.

« Le NFT est pour moi une manière d’acheter de l’art numérique. Cette nouvelle manière peut aussi servir à acheter des œuvres physiques, c’est un choix de l’auteur. Pour « UkraineWar2022 », l’œuvre n’est en effet vendue que sur le marché des NFT. Elle n’est pas en pièce unique, mais en 1000 exemplaires, chacun unique, comme des gravures. »

Si Julien Duché, de la maison Vasari Auction, demeure sceptique sur le principe de l’œuvre immatérielle, il reste prudent avec les NFT aussi pour des raisons pragmatiques. « C’est trop récent. J’attends de voir les problèmes juridiques que ça va causer. Il y aura bien un moment où un artiste fauché va reproduire une œuvre NFT. C’est quand il y a des procès qu’il y a jurisprudence. Ce n’est pas assez encadré pour l’instant. » Et c’est vrai. À chaque nouveauté son vide juridique. Les mieux servis seront les plus rapides, mais certains perdront gros. C’est la transaction qui change, pas les règles.

Nathalie Troquereau

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