Faut-il éteindre Internet pour sauver la planète ? #2

Characters of people with map and GPS marker illustration
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Médias-cité ouvre une série d’interviews où s’exprimeront les associations, activistes, militants, artistes ou structures qui traitent de la question écologique au quotidien. Nous leur demanderons comment concilier numérique et écologie, et glanerons quelques conseils et pistes de réflexions pour être plus responsables.


Qui n’a pas entendu parler de Greta Thunberg, jeune égérie de la cause écolo, qui, du haut de ses seize ans, déplace les foules, invective les dirigeants de ce monde et tient un discours à la portée de tous ? Certains la taxent d’être la marionnette servant l’agenda politique de groupuscules, d’autres estiment que la jeunesse n’a jamais été gage de sagesse, d’aucun la vénèrent, la plupart l’admire. Mais là n’est pas la question. La vraie question, c’est quelle place allons-nous enfin accorder à l’écologie, et non le visage qu’elle prend, en ce début 2019 ? Alors que des associations ont engagé des stars pour poursuivre ensemble l’État coupable d’inaction face à l’urgence climatique (L’Affaire du siècle) et que les marches pour le climat se multiplient, le sujet, bien que mal traité, a enfin obtenu sa place au premier rang dans la hiérarchie de l’information.

Greta Thunberg fait des discours où des milliers de personnes se pressent, entrainés par le même mélange de colère et d’optimisme, sauf que, sans les réseaux sociaux, personne ne serait au rendez-vous. Parce que personne ne saurait qu’il y en a un. Elle est loin, l’époque du Larzac, où toute la France alternative convergeait en camion, en stop ou à pied, et communiquait grâce aux feuilles de choux et aux JT de 20h ! C’est là qu’intervient l’inextricable paradoxe : Internet est le plus grand pollueur de notre époque mais aussi le meilleur outil pour fédérer, informer, éduquer, provoquer… Alors, faut-il éteindre Internet pour sauver la planète ? Médias-cité est allé chercher des éléments de réponses chez les acteurs locaux.

#2 Fanfy Garcia, artiste / directrice artistique de la compagnie Volt Expérience

Fanfy Garcia est de celles qui jouent sur plusieurs tableaux : danseuse – voltigeuse , vidjing mapping, art numérique… Cette artiste multi facettes porte un engagement écologique fort, présent dans toutes ses créations, de manière suggérée ou manifeste. Avec sa compagnie de danse Volt Expérience, elle use de technologies comme la réalité augmentée, les effets spéciaux utilisés au cinéma, bref, une orgie de nouvelles technologies au service de la beauté et du militantisme vert. Médias-cité s’est entretenu avec elle d’écologie, de numérique et d’art.

Tout d’abord, parle-nous de ton prochain spectacle sur le thème des déchets marins

C’est un projet environnemental qui s’appelle RADIOLAIR. Nous avons travaillé à partir des planches du biologiste Ernst Haeckel où sont dessinés de magnifiques zooplanctons *. C’est un travail de sensibilisation sur le biotope océanique mis à mal par la pollution, sur la contrainte des animaux qui souffrent de la présence de nos déchets. Nous faisons de la danse aérienne dans un univers qui sera sous-marin. Nous fabriquons des décors qui sont attachés à notre corps, nous incarnons l’animal (une méduse géante, un hippocampe), puis le déchet accroché à l’animal. Il y a un important travail de mapping et de projection. Nous utiliserons pour ce spectacle la réalité augmentée, le public sera complètement immergé dans cet univers marin. Nous jouons sur l’illusion cognitive, la fusion des magies.

Pour toi, l’art permet-il un espace où l’on peut sensibiliser à l’écologie autrement, de manière complémentaire ?  

Il est important de sensibiliser les gens mais pas de façon glauque ou triste. Donner à tout ça une dimension esthétique, poétique, magique. Même si le fond est un problème d’envergure, la forme reste quelque chose de très subtil, de joli et non d’angoissant. 

L’art numérique qui sensibilise à l’écologie alors que le numérique est le nouveau plus grand pollueur, c’est un paradoxe non ?

Tout à fait. J’en suis très consciente, d’autant plus que j’ai une formation en magie nouvelle.

Voyant mon regard interpellé, Fanfy développe.

Il n’y a pas forcément de magicien sur scène avec la magie nouvelle. Cela signifie connaissance de toutes les magies : la magie rituelle, médicale, religieuse, la magie mentaliste, la magie dite moderne…c’est la fusion de la magie low-tech et high-tech. C’est donc travailler sur la disparition et l’apparition, travailler des effets spéciaux avec du bricolage. On perd le spectateur, il ne sait pas où se trouve le low et le high tech.

Mmm…

Mais oui, c’est paradoxal. C’est pour cela qu’il faut répéter qu’on doit vider ses corbeilles, qu’il nous faut jeter les photos et fichiers qu’on nous envoie parce que ça pollue, de ne pas renvoyer les mails avec des fichiers, de retirer des signatures qui ont des fichiers lourds : ça ne sert à rien. C’est une éducation, il faut beaucoup en parler et faire tourner l’information. La sensibilisation par l’art, ça marche, mais je ne peux pas vous donner mes techniques. C’est un secret de magicienne.

what food for jellyfish" photo de Gilles Decôme, danseuse Fanfy Garcia
« what food for jellyfish »
photo de Gilles Decôme, danseuse Fanfy Garcia

Ça donne envie d’en savoir plus sur la magie nouvelle, mais revenons sur terre. Ton travail utilise de nombreux objets numériques. Comment parviens-tu à ne pas trop stocker de fichiers justement ?

J’utilise des disques durs pour ne pas saturer des clouds invisibles pour l’homme. On se dit que si ce n’est pas palpable, ça ne pèse rien, mais non ! C’est très lourd dans l’espace et ça pollue énormément. Il faut nettoyer, faire des breaks de téléphone et d’ordinateur, essayer d’être dans la nature, sans être connecté. Avec la compagnie, on commence toujours par le travail du corps et de la gestuelle. Le numérique vient après. Pour ce qui est des costumes, nous ratissons les Emmaüs, Secours Populaire et autres bourses pour réutiliser les matières. Nous customisons au maximum pour ne pas trop consommer d’articles neufs.

Tu postes beaucoup d’articles sur Facebook en lien avec la déforestation ou encore la survie des espèces. N’est-ce pas contradictoire de générer du clic en défendant d’écologie ? Peut-on être militant écolo sans contradictions ?

C’est le poisson qui se mord la queue, c’est évident. Un vrai militant vit au fond des bois, n’a besoin de personne, n’a pas l’électricité, n’a pas l’eau, et sort dans la rue pour protester. Là, on n’aura rien à reprocher à cette personne, ok. Mais c’est délicat de se positionner dans la juste mesure. Tous les excès sont mauvais. C’est comme un élastique qu’on tire, c’est-à-dire qu’on est tendu vers quelque chose qui pourrait être mieux, et puis on est attiré par ce système de diffusion, de communication. Tout ça tourne dans un vortex.

Pour découvrir le travail de Fanfy Garcia, c’est ici :http://vjfanfy.over-blog.com/

Et si comme moi, vous vous interrogez sur la magie nouvelle, voici un article qui explique tout, sans rien dévoiler bien sûr :http://www.leparisien.fr/magazine/culture/la-magie-nouvelle-a-un-vrai-truc-en-plus-02-06-2017-7002783.php

*micro-organismes qui nourrissent la faune et flore océanique

Propos rédigés et recueillis par Nathalie Troquereau

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