La culture à la demande : mort de l’art ou boum culturel ?

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« Pas du cinéma de seconde zone »

Outbuster est une plateforme de streaming payante qui, comme son nom l’indique, propose l’inverse des blockbusters. Née en 2016, son offre se concentre sur des films jamais arrivés dans les salles françaises. Vus par une communauté de cinéphiles à travers le monde et notés sur le site SensCritique, certaines œuvres peuvent désormais circuler et faire la nique à l’industrie qui les a snobées. Rencontre avec Étienne Matras, le fondateur.

Comment vous est venue l’idée d’Outbuster ?

E.M : Je suis autodidacte en cinéma mais j’ai travaillé dix ans au service VOD (vidéos à la demande, NDLR) de TF1. Ça m’a ouvert les yeux sur la désynchronisation entre les ce que j’appelle les « envies de voir » des gens et les propositions en salle. Plus de 90% des films joués dans les salles sont des blockbusters américains et des comédies françaises. Ça laisse très peu de place au reste. Outbuster répond à une frustration chez les cinéphiles et les cinéphages.

Les cinéquoi ?

E.M : Les cinéphages. Ceux qui bouffent du film quoi ! En tant qu’autodidacte, j’ai toujours trouvé que le mot cinéphile, comme le jargon qui l’accompagne, pouvaient rebuter beaucoup de gens. Mais je pense que le cinéma, c’est comme l’œnologie. Ce n’est pas parce qu’on ne connait pas les bons mots pour le décrire qu’on ne saura pas apprécier un bon vin.

Quel est votre lien avec le SensCritique.com ?

E.M : Je sais qu’on ne se lance pas seul dans la création d’une plateforme. Il me fallait des partenaires. D’abord un développeur (Charles Granet) pour faire le site et gérer tout l’aspect techno qui m’est étranger. Puis un partenaire axé clients et marketing, assuré par le fondateur de SensCritique, Guillaume Boutin. Nos critères de sélection reposent sur le bouche à oreille, le succès rencontré sur la terre d’origine du film, le succès rencontré en festivals, mais surtout sur les bonnes notes données sur SensCritique : jamais en dessous de 6. Notre appareil éditorial est différent.

Oui, il est entièrement guidé par les choix et goûts des spectateurs, puisque leurs notes sont les critères de base. Ne risque-t-on pas un appauvrissement de l’offre en s’en remettant complètement au spectateur ?

E.M : Il ne faut pas sous-estimer ce cinéma de communauté (l’inverse du cinéma d’élite) qui s’exprime et dit sa frustration de ne pouvoir voir tel ou tel film. Nous prenons des films dont la notoriété est déjà existante, même si ses signaux sont faibles. SensCritique a un référencement très exhaustif, il est rare que les films n’y aient pas été notés et commentés. Notre ligne c’est : étranger, contemporain et légèrement subversif. Nous sommes complémentaires des plateformes généralistes et non le premier abonnement auprès du grand public, on en a bien conscience.

Est-ce que cela signifie que les films présentés sur Outbuster seraient de moins bonne qualité que ceux des plateformes généralistes ?

E.M : Non ! Il n’y a que des bons films, ce n‘est pas du cinéma de seconde zone. On a des films de zombies potaches mais aussi du cinéma d’auteur, et notre public est capable de regarder les deux à la suite. Il n’a pas de chapelle. La cinéphilie a évolué avec Internet et les réseaux sociaux. Avant, elle était guidée par une petite poignée de publications spécialisées. Aujourd’hui, elle est foisonnante, la proposition est énorme mais on se concentre sur très peu de films.

Quel est votre fonctionnement avec les réalisateurs ?

E.M : Soit on achète les droits des différents films pour un à deux ans en faisant un chèque (c’est le modèle Netflix), soit on fait un partage de revenus avec les ayants-droits. C’est-à-dire qu’on compte le nombre de séances sur une période donnée, et on partage. C’est notre modèle privilégié.

Netflix a-t-il un impact positif ou délétère sur le milieu selon vous ?

E.M : C’est avant tout positif car grâce à eux, on a développé ces usages-là en France, pays en retard sur ces sujets. Le problème, c’est plutôt leur positionnement éditorial. Leur algorithme remonte les mêmes contenus et participe à une standardisation des comportements et des contenus. Par ailleurs, les gens s’y abonnent essentiellement pour les séries, et découvrent une offre cinématographique faible, décevante. Mais Netflix reste un ogre, c’est compliqué d’exister autour. Chez Outbuster, on a 23 000 inscrits et 1 000 abonnés (6 euros par mois, NDLR). Difficile de surnager dans cet univers multi choix.

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