Culture

À 2 Pas De La Scène : « Il est temps d’ouvrir une troisième voix pour la culture »

4 minutes
Si vous n’avez jamais rêvé de décider vous-même des artistes à l’affiche du théâtre d’à côté ou des prochains concerts dans votre salle préférée, cet article n’est pas pour vous. Mais pour les autres, sachez que ce fantasme largement partagé, Nicolas Bienvenu a voulu le rendre réel. Ça s’appelle À 2 pas de la scène et c’est une plateforme de programmation participative. L’idée phare qui irrigue le projet tient en une phrase : la culture est un super pouvoir et chaque citoyen un super héros. Rencontre avec le fondateur de cette initiative en pleine expansion.

Site À deux pas de la scène

Comment vous est venue l’idée ?

Nicolas Bienvenue : On a réalisé qu’il y avait de moins en moins de spectacles et que les jauges de 200 ou 300 places n’étaient plus rentables. C’est difficile de faire de la programmation culturelle, mais la crise et la conjoncture ont fait qu’il ne reste presque plus que des structures très subventionnées, qui ont du mal à s’en sortir. Du coup, on voit les mêmes spectacles aux mêmes endroits, avec seulement de très grosses dates, donc on s’est dit qu’il fallait accompagner les organisateurs pour qu’ils refassent de la culture. On s’est dit : une programmation participative fera en sorte que le gens se réapproprient la culture. On a créé des premiers modules de programmation culturelle, citoyenne et participative. On a monté des bases de données avec un catalogue d’artistes, référencé des lieux et les gens ont proposé des artistes dans ces lieux. Là, on développe des parcours à destination des organisateurs d’événements qui vont, grâce à des modules de consultation citoyenne de leur programmation, savoir quelle expérience vivent les gens et ce qu’ils aimeraient voir sur scène. On développe tout un parcours pour consulter et mobiliser les spectateurs, pour calculer le prix de leurs billets avec toutes les charges afin d’anticiper le coût de l’événement, compter son empreinte carbone, et mettre en ligne une billetterie.

Concrètement, comment ça marche ?

Nicolas Bienvenue : Par exemple, mettons que je travaille pour La Fête de la Saucisse, qui se passe du tant au tant. J’en appelle à ma communauté en lui disant « Oyez Oyez, qui aimeriez-vous voir lors de cet événement ? ». On est là pour accompagner et faire jouer un maximum de personnes, mais on n’a pas vocation à devenir un grand producteur. Notre but, c’est de démultiplier le spectacle vivant et lutter contre les déserts culturels. On essaie de faire un outil qui soit à 50 % terrain et 50 % numérique.

Qu’est qui cloche avec la programmation institutionnelle ?

Nicolas Bienvenue : Je pense qu’il est l’heure d’ouvrir une troisième voix pour la culture. On a d’un côté les structures privées et puis de l’autre, les subventionnées qui se retrouvent en porte à faux quand elles privatisent leur espace. Il me semble que ces structures se retrouvent dans un certain confort, et ont finit par être plus dans les produits culturels que dans une éducation culturelle. Il faut plus de ponts. Les structures institutionnelles doivent se rapprocher du public. Ça avait beaucoup bougé dans les années 80 avec le Printemps de Bourges, les radios libres etc. Là, ça s’est un peu poussiéré. C’est personnel, mais j’observe une grande homogénéité de propositions alors que les territoires sont tous très différents et mériteraient de faire vivre leurs spécificités. Mais qu’est ce qui rapporte aujourd’hui ? Un festival à 120 000 personnes avec des places à 120 euros, et des grosses marques derrière. Voilà.

Quand le public s’en mêle et que ce sont les futurs spectateurs qui proposent des artistes, les choix sont-ils fondamentalement différents ?

Nicolas Bienvenue : Non. On vit dans un monde d’images. Le public, il scrolle. Tant que ce n’est pas connu, que ça n’a pas fait le buzz, il ne sera pas curieux. Il faut donc réfléchir, aujourd’hui on ne parle même plus de style de musique mais plutôt d’expérience. On leur demande : qu’avez-vous envie de vivre ? Je pense qu’il faut ré aborder la culture de manière nouvelle, autour de cette curiosité et du principe du spectacle vivant. La version 2023 de la plateforme proposera plein de nouvelles fonctionnalités aux organisateurs qui veulent être accompagnés dans leur action, avec notamment un système de billetterie 100 % transparent grâce auquel on calcule l’empreinte carbone de son événement.

Propos recueillis par Nathalie Troquereau

https://www.a2pasdelascene.fr/fr

Nathalie Troquereau

Nathalie Troquereau

Journaliste, rédactrice de contenus pour Médias-Cité.

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