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La Start-up nation, nouveau mantra pour certains, anglicisme risible pour d’autres, reste une formule qui a marqué les esprits. Désignant un modèle social dominant plutôt qu’une nation entière, elle a inspiré à l’auteur de BD satiriques, Marc Dubuisson, l’opus « Start-Up Generation », paru aux éditions Lapin l’automne dernier.

Cet « ingénieur en humour » tape sur tout ce qui agitent les moutons du monde connecté. Loin d’en vouloir aux outils, lui préfère s’en prendre aux hommes. Il moque leur obsession partagée pour les Starbucks, leur manie de déployer ou d’utiliser un app pour tout et n’importe quoi, leur emploi de la novlangue, l’ubérisation… Bref, vous l’aurez compris, Marc Dubuisson n’est pas prêt de monter une levée de fonds pour un projet au process inspirant et disruptif. En revanche, il était disponible pour répondre à nos questions. Interview.

Cette BD est-elle le témoignage d’une expérience vécue au sein d’une start-up ? Si oui, serait-ce Qwant, dont le « Qw » revient très souvent comme un clin d’œil à l’entreprise française ?

M.D : Non, ça ne vient pas d’une expérience personnelle mais plutôt de ce que je lis ou de mes amis qui travaillent dans des start-up. Ça vient aussi des reportages et documentaires qu’on peut voir désormais sur la Sillicon Valley et en France. On retrouve le même modèle. Pour ce qui est de Qwant, je ne connaissais pas quand j’ai commencé la BD ! J’avais imaginé cette marque « TuttiQwanti », comme ça, au hasard. Quand j’ai découvert l’existence de Qwant, j’ai hésité à changer parce que ça n’est pas dirigé contre eux en particulier, mais je me suis dit que finalement, j’avais bien senti les choses, donc je l’ai gardé. Et puis ça illustre ce que je voulais montrer : une start-up française, qui veut faire comme les américains mais qui n’a pas vraiment les mêmes moyens…

Dans une de vos planches, on voit un senior déguisé en sapin de noël insulter l’assemblée de « yéyés de mes … ». Yéyés, bobos, start-uppers…Vous pensez qu’il ne s’agit que d’un mouvement de mode qui passera ou le considérez-vous comme plus ancré ?

M.D : C’est différent car ça ne correspond pas à une tranche d’âge mais plus à un état d’esprit. J’aurais pu appeler ma BD « start-up spirit », ça aurait été plus juste, mais je voulais jouer avec les mots « nation » et « génération ». C’est une mouvance qui consiste à faire beaucoup de vent autour de pas grand-chose, à être absolument dans l’entreprenariat, à vouloir se démarquer, mais qui prend moins le temps de réfléchir. Oui, celle-ci me semble plus ancrée.

La start-up nation a développé tout un langage dont vous vous moquez à plaisir. Selon vous, quels effets a cette novlangue sur le discours et sa réception ?

M.D : La novlangue actuelle cache un discours beaucoup plus archaïque. Sous couvert d’anglais, on déterre des concepts pas très humains… C’est une langue hypocrite qui permet de nous refourguer des vieilles méthodes. Elle exprime un néolibéralisme qui ne dit pas son nom. Par exemple, ses concepts en Ressources Humaines tendent à un emprisonnement de l’humain (pfff…je ne sais pas comment le dire autrement…c’est pour ça que je fais des dessins voyez ?!), qui n’aurait pour seule mission que de faire du chiffre et produire de la richesse. Ça n’a rien à envier à l’Angleterre de Margaret Thatcher.

Le coronavirus et le confinement auront-ils des conséquences sur cette start-up génération ?

M.D : Les cartes sont un peu rebattues et ce que l’on perçoit, c’est une fracture de plus en plus forte. Il y a d’un côté les suiveurs, qui suivent les chiffres et les algorithmes, puis ceux qui veulent plus de temps, refaire des choses avec leurs mains, avoir moins d’artifices et de virtuel dans leurs vies. Je ne sais pas qui l’emportera mais ce que j’observe, c’est qu’à chaque fois qu’un de ces deux pôles avance dans un sens, l’autre fait le même chemin de son côté. L’écart se creuse. Certains passent de l’un à l’autre comme ça, mais ce n’est pas évident. C’est un drôle de monde où on peut critiquer le capitalisme sur Twitter ! Nous sommes tous soumis aux règles du capitalisme, c’est pourquoi on se retrouve paradoxalement à le critiquer sur les gros réseaux sociaux, simplement parce qu’il est compliqué de se faire entendre autrement (si ce n’est par des actions plus radicales).

L’ubérisation vous touche, c’est un thème récurrent dans vos dessins. Le métier de dessinateur est-il ubérisé par la faute de ce modèle de société ?

M.D : Le métier de dessinateur n’est pas évident et ne l’a jamais été. Aujourd’hui, avec tous les moyens qui se sont développés, on est plus nombreux à le pratiquer. Tout le monde peut se faire connaître grâce à Internet (ça a été mon cas). Il y plus de monde et donc, il reste moins de places. Mais c’est aussi la faute de cette logique du moindre coût. En dessin, beaucoup de gens acceptent des boulots mal payés, et d’autres, qui prétendent à certains cachets, voient les jobs passer sous leur nez. Résultat, ça tire tout le monde vers le bas. C’est vrai pour les dessinateurs mais c’est vrai pour les agriculteurs, le textile, etc. Dans l’édition papier, le problème vient aussi de la surproduction. On produit plus de livres mais sans avoir gagné plus de lecteurs, donc les revenus des auteurs s’amoindrissent. Mais les nouveaux formats web de BD sont une bonne chose, c’est positif. Nous allons avoir de nouveaux dilemmes et de nouvelles règles à mettre en place.

Propos recueillis par Nathalie Troquereau

Toutes les illustrations sont tirées de la BD « Start-Up Generation », ed. Lapin

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