Enfants – Parents – Écrans : l’équation du siècle

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François-Marie Caron, cardiopédiatre, est le Monsieur Nouvelles Technologies de l’AFPA. Membre du conseil scientifique du site Mpedia (porté par l’AFPA), il participe activement aux campagnes de sensibilisation, notamment sur la parentalité numérique.

F-M Caron se pique d’intérêt pour les écrans lorsqu’on commence à lui adresser en cardio des enfants inadaptés à l’effort, mais dont le problème ne vient ni du cœur, ni du poids. Ces enfants ne bougent pas assez. Que font-ils ? Ils regardent la télé des heures durant, réalise le médecin. Il construit alors un discours de responsabilisation des parents, puis collabore avec Serge Tisseron, auteur du fameux « 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir » . La tâche s’intensifie avec la multiplication des supports, et F-M. Caron le reconnaît bien volontiers : « Nous avons toujours un train de retard… ». Peut-être, mais les ressources trouvées sur le site Mpedia tiennent lieu de vraies lanternes pour des parents laissés dans le noir. Éclaircissements.

Est-ce que certaines catégories ou classes sociales sont plus touchées que d’autres par le problème des écrans omniprésents à la maison ?

F-M.C : Nous sommes tous concernés, mais deux catégories en particulier se distinguent. Tout d’abord, les familles en situation de difficultés psycho-sociales, que l’on dit de « parentalité précaire ». Puis il y a ceux qui travaillent beaucoup, trop. Ils sont tout le temps avec leur smartphone, leur ordinateur, leur tablette, ils montrent le mauvais exemple car ne sont pas disponibles. Ils sont sans cesse dérangés par des notifications, des mails… La première catégorie est d’ailleurs plus consciente du problème que la deuxième.

Durant la période de confinement, les écrans ont constitué / constituent pour beaucoup la seule fenêtre sur le monde. Est-ce problématique de téléphoner en visio aux grands-parents avec son enfant de moins de trois ans ?

F-M.C : Non ! Au contraire ! L’effet positif que je vois au confinement, c’est qu’on dédiabolise enfin les écrans. Les écrans interactifs avec des amis, avec les grands-parents, pas de souci. C’est même génial ! Ce qu’il faut éviter, c’est de laisser son enfant seul derrière un écran. Les images filmées ou animées vont trop vite pour lui. Il n’a pas le temps d’analyser et de comprendre la première image, qu’on est déjà passé à l’autre. Heureusement, le son lui permet de suivre l’histoire. Mais quand vous lui achetez le DVD de Petit Ours Brun, s’il le regarde vingt-cinq fois, ce n’est pas parce que c’est son préféré. C’est parce qu’il va enfin pouvoir comprendre, vérifier l’enchainement des images, et quand il les maitrise, il est tellement heureux qu’il le remet. Mais s’il regarde son grand-père qui lui parle dans l’écran du téléphone, l’image ne bouge pas et il interagit avec lui donc il n’y a aucun problème.

Tout est dans l’interaction, si je résume bien ?

F-M.C : C’est le plus important oui. Vous pouvez regarder la télé avec votre enfant ou jouer à un jeu vidéo, mais interagissez avec lui. Quand Michel Desmurget parle de retard du langage dû aux écrans dans son livre La Fabrique du crétin digital, et qu’il fait le tour de tous les médias, c’est dommage. Le retard du langage n’est pas dû aux écrans mais bien à l’absence d’interaction. Quand on apprend l’anglais, on insiste sur l’importance de pratiquer, d’aller en immersion, pour maîtriser la langue. Eh bien c’est pareil pour la langue maternelle.

Le terme consacré aujourd’hui est celui d’ « exposition » aux écrans. Le mot exposition est épidémiologique, il fait peur. On s’adresse au grand public en lui faisant peur, en effrayant tous les parents. Or, c’est la peur qui rend crétin, pas les écrans.

Le programme de Mpedia « les écrans, un temps pour tout » propose des solutions de manière ludique et pédagogique, sous forme de défis à relever en famille. Nous faut-il sortir du discours de culpabilisation ? 

F-M.C : Ce programme est génial. Il montre dix situations qui sont vraiment quotidiennes et concernent tout le monde. L’idée du dessin est très bonne. Il montre aussi que le problème du smartphone, c’est son pouvoir de distraction sur l’attention que les parents portent à leurs enfants. Ce défaut d’attention peut même s’avérer être dangereux au bord d’une piscine ou sur la route. Donc c’est difficile de ne pas culpabiliser les parents… il faut bien les informer !

Propos recueillis par Nathalie Troquereau

Image de Une : Illustration tirée du programme « Les écrans, un temps pour tout ».

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