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En France, 1,7 millions de personnes sont atteintes d’un trouble de la vision, dont 207 000 sont aveugles et 932 000 sont malvoyants moyens. La question de l’accessibilité est au cœur de leur quotidien. Il ne s’agit pas simplement de construire un espace public sécurisé et adapté à ce handicap, mais de permettre aux personnes concernées l’accès aux mêmes ressources, informations et services que les autres. Et cela, en grande partie, passe par Internet et les nouvelles technologies. Alors quid de l’accessibilité numérique pour les personnes aveugles et malvoyantes en France ? Réponses avec Fernando Pinto Da Silva, chargé de mission stratégie numérique pour la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France (et lui-même aveugle). Il nous explique en quoi cette question en soulève d’autres : sociétales, politiques et sociales.

Logo Fédération des Aveugles de France

Quelle technologie s’est révélée particulièrement utile pour vous ?

FPDS : C’est sans conteste le lecteur d’écran. Il existe pour smartphones, tablettes, ordinateurs, et sans ça, on ne peut pas faire grand-chose. C’est un outil que chacun peut paramétrer en fonction de ses besoins. Moi, j’ai la chance d’être brailliste (NDLR : qui sait lire le braille), mais le braille est une niche, il n’est pas pratiqué par la majorité de cette population. Mon lecteur d’écran peut lire avec du braille, de la synthèse vocale, ou peut tout mettre en bleu sur fond jaune par exemple. Un malvoyant va bien plus souvent inverser les couleurs ou changer l’espacement des lettres, il ne va pas forcément les agrandir contrairement à ce qu’on croit. Mais tout cela n’est possible que si le site est bien conçu à la base. Le lecteur d’écran répond à des caractéristiques normatives qui sont la condition de son bon fonctionnement. En 2014, on estimait que 3 à 5 % des sites Internet étaient accessibles et ça n’a pas beaucoup bougé entre temps. Les sites administratifs ? Bien sûr qu’ils ont une obligation légale ! Depuis 2011 même, mais 95 % d’entre eux sont dans l’illégalité la plus complète. Il n’y a pas de sanctions donc…

A-t-on fait un effort spécifique sur l’accès à la culture et la lecture plus particulièrement ?

FPDS : Pour accéder aux livres numériques, il faut que la maison d’édition ait bien préparé son livre, afin que je puisse en changer les couleurs ou le lire en braille, etc. Depuis 2018, Hachette a obligé sa chaîne à concevoir tous les livres à maquette simple (c’est-à-dire sans dessins) de manière à ce qu’ils soient accessibles. C’est le plus gros acteur français de livres numériques dits « nativement accessibles ». Pour les autres maisons d’éditions, c’est plus compliqué à mettre en place car leur organisation est différente (chez Hachette, le fonctionnement est très vertical). En tout, 8% de l’offre de livres est accessible. On y trouve beaucoup de littérature générale, de nouveautés, mais très peu de manuels scolaires par exemple.

Le petit prince en braille
Le Petit Prince de Saint-Exupéry, en braille

« Nous ne sommes pas des sous-citoyens »

Justement, quel est l’accès à l’éducation – secondaire et universitaire – pour les aveugles et malvoyants ?

FPDS : Aujourd’hui, un aveugle qui souhaite étudier les mathématiques ne trouvera quasiment aucune ressource. Il y a très peu d’accès à l’éducation. La loi de 2005 sur l’égalité des chances partait avec le bon esprit, mais elle demande d’aller au bout de son ambition. Cela soulève un triptyque de questions. La question des moyens : quels sont-ils pour que les organismes spécialisés puissent adapter massivement les livres ? Pour l’heure, nous dépendons beaucoup de la générosité publique pour faire face à la pénurie de moyens.

Ensuite, la question de la volonté politique ; il s’agit là de l’accès à l’écrit pour 20% de la population, on ne peut pas laisser une personne sur cinq sur le bord de la route. Enfin, la question de l’organisation : comment interagir, mutualiser entre acteurs pour ne pas refaire ce qu’on a fait avant. Des projets émergent, comme celui de la BNF qui a lancé un service technique dénommé « Platon » (Plateforme de transfert des ouvrages numériques). On remarque aussi que les ministères chargés de l’éducation et du handicap organisent en ce moment des concertations avec les acteurs, on sent un intérêt et une envie de ré impulser quelque chose. Mais les trois questions évoquées plus haut se posent toujours. Quand on est aveugle, on devrait avoir le droit de choisir de faire des études ou pas. Nous ne sommes pas des sous-citoyens.

Des études scientifiques montrent que nous serions demain tous menacés de cécité pour avoir abusé des écrans (à cause de la lumière bleue émise). Le numérique serait-il alors plutôt un poison ou plutôt un remède ?

FPDS : Plutôt un remède. Vous pouvez devenir malvoyant à cause des écrans mais aussi avec le vieillissement, et on vit plus longtemps qu’avant. Le numérique reste la meilleure façon d’accéder à l’information parce que vous pouvez l’adapter, la question c’est comment on le conçoit. Il nous faut dès maintenant concevoir des sites nativement accessibles.

Question dystopique : quand les actuels quadras, complètement accros aux écrans, se retrouveront malvoyants et ne pourront plus accéder à l’offre pléthorique d’Internet, ça risque de leur faire un choc… ?

FPDS : Bien sûr, on risque d’être confrontés à une rupture des usages, ça ne va pas bien se passer du tout ! C’est pour ça que je parle d’urgence et dis qu’il faut concevoir dès aujourd’hui des sites accessibles à tous. Mais les écrans ne sont pas tout, la technologie qui arrive là, c’est celle de l’assistant vocal. Pas besoin voir, ni de savoir lire, ni de savoir utiliser un ordinateur… C’est un usage qui va se généraliser à tous. C’est une chance, mais encore une fois, on devrait pouvoir choisir d’avoir une maison connectée, d’être écouté en permanence chez soi ou pas, sachant les questions déontologiques et éthiques que soulèvent ce type de technologies.

Propos recueillis par Nathalie Troquereau

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